Copropriété : comment fonctionnent les charges courantes

Sophie

Copropriété : comment fonctionnent les charges courantes

La première fois que j’ai reçu mon appel de fonds trimestriel, j’ai regardé le montant et je me suis dit : mais d’où sort ce chiffre ? Personne ne m’avait vraiment expliqué comment fonctionnent les charges de copropriété. Le règlement de copropriété, les tantièmes, les clés de répartition… autant de termes qui flottent dans les documents qu’on signe le jour de l’achat et qu’on ne relit jamais vraiment après.

Bref. On va démêler tout ça clairement.

Ce que sont vraiment les charges de copropriété

Les charges de copropriété, c’est l’ensemble des dépenses que tous les copropriétaires paient collectivement pour faire tourner l’immeuble. Pas des avances, pas des provisions provisoires : des sommes qui vous incombent définitivement, à hauteur de votre quote-part.

Ce que beaucoup ignorent, c’est que ces charges se divisent en deux grandes familles distinctes, et cette distinction change tout à la manière dont elles sont réparties.

La première catégorie regroupe les charges liées à l’administration, la conservation et l’entretien des parties communes : honoraires du syndic, gardiennage, nettoyage des couloirs, assurances de l’immeuble, frais d’assemblée générale, enlèvement des ordures. Ce sont les charges dites « générales », auxquelles tous les copropriétaires contribuent sans exception.

La deuxième catégorie, c’est celle des services collectifs et équipements communs. Ascenseur, chauffage collectif, eau chaude partagée, interphones, antennes télé. Et là, la logique change : on ne paie que ce qui présente une utilité objective pour votre lot.

Un exemple concret qui revient souvent. Vous habitez au rez-de-chaussée, et vous pensez logiquement ne pas avoir à payer l’ascenseur. Faux, si l’ascenseur dessert votre cave ou votre parking en sous-sol. C’est la notion d’utilité qui s’applique, pas l’usage réel. Le copropriétaire d’un parking en sous-sol, lui, ne paiera pas les charges de chauffage collectif, parce que ce service n’a aucune utilité pour un emplacement de voiture.

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Charges courantes, charges exceptionnelles : ne pas tout mélanger

C’est une confusion fréquente, et elle peut coûter cher si on ne l’anticipe pas quand on achète un bien immobilier.

Les charges courantes couvrent le fonctionnement ordinaire de la copropriété : électricité des parties communes, entretien des espaces verts, contrat de maintenance de l’ascenseur, rémunération du gardien, prime d’assurance annuelle. Elles sont intégrées au budget prévisionnel voté chaque année en assemblée générale.

Les charges exceptionnelles, c’est autre chose. Ravalement de façade, réfection de toiture, remplacement de la chaudière collective. Ces travaux ne figurent pas dans le budget annuel, ils sont votés au cas par cas. Et là, surprise, la facture peut être salée, souvent plusieurs milliers d’euros d’un coup selon la taille de votre lot.

Petit tableau récapitulatif, parce que c’est plus clair comme ça :

Type de chargeExemples concretsFréquenceMode de vote
Charges courantesSyndic, assurance, ménage, éclairage communsTrimestrielleBudget prévisionnel annuel
Charges exceptionnellesRavalement, toiture, chaudièrePonctuelleVote en AG au cas par cas
Charges spécialesAscenseur, chauffage collectif, eau chaudeVariableBudget prévisionnel
Copropriété : comment fonctionnent les charges courantes

Comment on calcule ce que vous devez payer

C’est le règlement de copropriété qui fixe la quote-part de chaque lot. Cette quote-part, exprimée en tantièmes (ou millièmes selon les immeubles), est calculée en fonction de la superficie, de la consistance et de la situation de votre appartement dans l’immeuble. Un studio au 5ème étage sans cave n’a évidemment pas les mêmes tantièmes qu’un grand appartement avec parking et cave au rez-de-chaussée.

Chaque année, le syndicat des copropriétaires vote un budget prévisionnel en assemblée générale. Ce budget est ensuite réparti entre tous les copropriétaires selon leurs quotes-parts respectives et les clés de répartition applicables (charges générales ou spéciales). C’est à partir de ce vote que le syndic émet ses appels de fonds.

Les provisions sont exigibles le 1er jour de chaque trimestre, sauf si l’assemblée générale a fixé une autre périodicité (mensuelle, par exemple, dans certains immeubles). Ce sont des avances sur les dépenses réelles. À la fin de l’exercice comptable, le syndic compare ce qui a été encaissé et ce qui a réellement été dépensé. S’il a trop perçu, il reverse la différence. S’il n’a pas perçu assez, il émet un appel de fonds complémentaire.

Qui paie les charges : propriétaire, locataire, usufruitier ?

La règle de base est simple. Le copropriétaire paie. Toujours.

Mais dès qu’on s’éloigne du cas classique, ça se complique. Si vous mettez votre appartement en location, c’est vous qui restez redevable des charges vis-à-vis du syndic. Certaines charges sont néanmoins récupérables auprès de votre locataire (entretien des parties communes, eau froide, ascenseur, etc.) sous forme de provisions mensuelles, avec régularisation annuelle sur la base des dépenses réelles. Si votre locataire a trop payé en cours d’année, vous devez lui rembourser la différence. L’inverse est vrai aussi.

Et côté assurance habitation, le locataire a ses propres obligations qui ne se confondent pas avec les primes d’assurance de la copropriété.

En cas de démembrement de propriété (usufruitier et nu-propriétaire), la répartition suit une logique différente. L’usufruitier assume les dépenses courantes liées à la jouissance du bien. Le nu-propriétaire prend en charge les grosses réparations. Mais attention, le règlement de copropriété peut prévoir une clause de solidarité entre les deux, ce qui change tout.

En indivision, chacun des indivisaires contribue à proportion de ses droits dans l’indivision. Le règlement peut là aussi prévoir une solidarité entre coindivisaires.

Les règles de répartition expliquées sans jargon

Catégorie de chargeCritère de répartitionQui est concerné
Charges générales (parties communes)Valeur relative du lot (superficie, situation)Tous les copropriétaires sans exception
Charges spéciales (équipements)Utilité objective du service pour le lotSeulement les lots concernés
Charges imputables à un seul coproprétaireFait personnel (impayés, travaux privatifs…)Le copropriétaire concerné uniquement

Le troisième cas est souvent méconnu. Certaines charges retombent sur un seul copropriétaire : les frais de recouvrement d’une dette (charges impayées, mise en demeure, commissaire de justice), les honoraires du syndic pour des prestations personnalisées comme l’établissement d’un état daté lors d’une vente, ou encore des astreintes liées à des travaux prescrits par une autorité administrative que le copropriétaire n’a pas réalisés.

Peut-on contester la répartition des charges ?

Oui. Et franchement, c’est plus fréquent qu’on ne le pense dans les vieux immeubles avec des règlements datant des années 70.

Modifier la répartition des charges demande en principe un vote à l’unanimité des copropriétaires en assemblée générale. C’est une barre haute. Il existe des exceptions, notamment pour les travaux qui rendent une modification nécessaire, les changements d’usage de parties privatives ou la division de lots.

Mais on peut aussi passer par le tribunal judiciaire du lieu de situation de l’immeuble. Deux voies existent.

L’action en révision permet de demander une nouvelle répartition si votre part dépasse de plus d’un quart ce qu’elle devrait être (ou si la part d’un autre copropriétaire est inférieure de plus d’un quart à ce qu’elle devrait être). Cette action doit être engagée dans les 5 ans suivant la publication du règlement de copropriété, ou dans les 2 ans après la première vente du lot concerné après cette publication.

L’action en nullité, elle, n’a pas de délai. Si la répartition est contraire à la loi (par exemple, des charges d’ascenseur facturées à un lot qui ne peut pas l’utiliser), on peut l’attaquer à n’importe quel moment. Mais attention : même si vous gagnez, les sommes déjà versées dans le passé ne sont généralement pas remboursées.

Charges impayées : ce que le syndic peut faire

C’est un sujet délicat, parce que les charges impayées pèsent sur l’ensemble de la copropriété. Quand un copropriétaire ne paie pas, c’est le syndicat qui supporte la différence dans un premier temps.

Le syndic a un rôle exclusif dans le recouvrement. Il n’a pas besoin d’une autorisation de l’assemblée générale pour agir. Le processus suit des étapes précises.

D’abord une mise en demeure (par voie électronique en principe, sauf demande contraire du copropriétaire), avec un délai de 30 jours. Ensuite, si rien ne bouge, une tentative de règlement amiable est obligatoire avant toute saisine du tribunal : conciliateur de justice (gratuit), médiateur ou procédure participative. En cas d’échec, le syndic saisit le tribunal du lieu de l’immeuble.

Et le syndic dispose d’une arme redoutable : il peut inscrire une hypothèque légale sur le lot du copropriétaire défaillant, sans autorisation de l’assemblée générale. Si ce copropriétaire vend son appartement, le syndicat récupère les sommes dues en priorité sur le prix de vente.

Mais la procédure diffère selon le montant de la dette. Pour une créance inférieure ou égale à 5 000 euros, on peut passer par une injonction de payer ou le tribunal de proximité. Au-delà, les règles sont plus strictes et les délais plus longs.

La vie en copropriété, c’est ça aussi : beaucoup de règles, des subtilités qui changent selon votre situation, et un règlement de copropriété qu’on a trop tendance à laisser dormir dans un tiroir. Le relire une fois tous les deux ou trois ans, ça prend une heure et ça évite bien des mauvaises surprises le jour d’une assemblée générale.

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