Comment favoriser les abeilles dans son jardin

Sophie

Comment favoriser les abeilles dans son jardin

Les abeilles boudent votre jardin ? Ça se règle. Pas besoin d’une ruche ni d’un diplôme en apiculture pour accueillir ces petites butineuses, il faut juste comprendre ce qu’elles cherchent : de la nourriture, un abri, et de l’eau. Trois besoins basiques. Et pourtant, la plupart des jardins ne leur offrent aucun des trois.

On va changer ça.

Ce que les abeilles cherchent vraiment chez vous

Spoiler : elles s’en fichent complètement de votre gazon parfait. Ce qui les attire, c’est le pollen et le nectar. Deux ressources vitales pour nourrir leur colonie, faire tourner la ruche, produire du miel. Une ouvrière peut visiter plusieurs centaines de fleurs par jour, alors autant que ce soit les vôtres.

Et il y a un truc qu’on oublie souvent : la majorité des abeilles présentes dans nos jardins ne sont pas des abeilles domestiques. 85 % des espèces sont solitaires (pas de ruche, pas de reine, chaque femelle fait son nid toute seule) et elles jouent un rôle de pollinisation au moins aussi important que leur cousine domestique. Les osmies, les abeilles maçonnes, les mégachiles… beaucoup de gens ne les connaissent même pas, alors qu’elles sont peut-être déjà là, à rôder près de votre terrasse.

Si vous êtes en train de repenser complètement votre espace extérieur, le guide pour aménager son jardin peut vous aider à intégrer ces éléments dès le départ.

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Les plantes : la base de tout

Misez sur le mellifère, pas le décoratif

Un jardin plein de fleurs doubles hybrides, ça a l’air sympa mais les abeilles n’y trouvent souvent rien à manger. Ces variétés ont été sélectionnées pour leur esthétique, au détriment du nectar et du pollen. Résultat : belles pour nous, vides pour elles.

Les plantes mellifères, c’est autre chose. Parmi les valeurs sûres : la phacélie (un engrais vert qui attire en masse), la bourrache, le souci, le tournesol, la lavande, la sauge, le thym, la mélisse. Et les bulbes de crocus au printemps, qui fleurissent tôt quand les abeilles cherchent leur première nourriture après l’hiver. On les enterre à 5 cm de profondeur, germe vers le haut, espacés de 10 cm. Simple.

Un tableau pour y voir plus clair sur les périodes :

PlantePériode de floraisonType
CrocusFévrier-marsBulbe
BourracheMai-septembreAnnuelle
PhacélieAvril-octobreAnnuelle
LavandeJuin-aoûtVivace
LierreSeptembre-novembreGrimpante
BruyèreAoût-novembreArbuste

Ce qui est bien avec cette liste, c’est qu’on peut couvrir presque toute l’année. Les abeilles ont besoin de nourriture de février à novembre, pas juste en juin quand tout le monde plante ses géraniums.

Les « mauvaises herbes » : laissez-les tranquilles

Pissenlit, trèfle, coquelicot, marguerite, pâquerette. Ce que la plupart des gens arrachent en premier. Et pourtant, les abeilles adorent. Le pissenlit est l’une de leurs fleurs préférées, surtout au printemps quand il y a peu d’autres ressources disponibles. Laisser un coin de jardin en friche, même tout petit, ça fait une vraie différence.

Mais si vous ne pouvez vraiment pas vous y résoudre, au minimum, désherbez à la main. Pas de glyphosate, pas d’herbicides. Ces produits ne font pas la différence entre la mauvaise herbe et le pollinisateur qui butinait dessus deux minutes avant.

Pensez aux arbres et grimpantes

Un cerisier, un pommier, un prunier. En fleurs au printemps, c’est un buffet géant pour les abeilles. Et la glycine, le chèvrefeuille odorant, le lierre en automne (souvent sous-estimé, il fleurit tardivement et offre une ressource précieuse avant l’hiver). Ces plantations demandent un peu de place mais leur impact sur la biodiversité locale, franchement, c’est rare d’en avoir autant pour si peu d’effort.

Comment favoriser les abeilles dans son jardin

Créer un espace accueillant au-delà des fleurs

Un abri pour les solitaires

Les abeilles domestiques, c’est l’affaire des apiculteurs. Les solitaires, c’est votre affaire à vous. Et elles nichent dans des endroits très simples : des trous dans le bois, des tiges creuses, des recoins dans les murs.

L’hôtel à insectes, ça marche vraiment. Une bûche percée de trous de différents diamètres (entre 3 et 10 mm), suspendue à un arbre à mi-hauteur, orientée plein sud. De mars à juillet, les femelles viennent y pondre et stocker du pollen pour leurs larves. Pas besoin d’acheter quelque chose de sophistiqué, un bout de bois et une perceuse, c’est tout.

Et du bois mort dans un coin du jardin, ça fait aussi office d’habitat naturel. Les abeilles charpentières, notamment, creusent directement dedans.

L’eau : le détail qu’on oublie presque toujours

Elles boivent. C’est logique en y réfléchissant, mais peu de gens y pensent. Une soucoupe de pot de fleur, remplie d’eau avec quelques cailloux sur les bords pour qu’elles puissent se poser sans se noyer. Placée près des fleurs mellifères, bien exposée au soleil. À remplir régulièrement, surtout en été.

C’est le geste le plus simple de cette liste. Et souvent le plus négligé.

Ce qu’il faut absolument arrêter

Les pesticides. Pas de nuance là-dessus. Un insecticide ne choisit pas sa cible, il tue ce qui passe. Les abeilles, les auxiliaires, les papillons. Tout. Et le problème, c’est que certains produits (les néonicotinoïdes notamment) s’accumulent dans le nectar des fleurs traitées. L’abeille ramène ça à la ruche. Les conséquences, on les connaît.

Désherber à la main quand le sol est humide, ça prend 20 minutes le dimanche matin. C’est amplement suffisant pour un jardin domestique, et ça préserve tout l’écosystème que vous êtes en train de construire.

Un mot sur la diversité des espèces

Les abeilles ne se ressemblent pas toutes. En diversifiant les formes et les couleurs de fleurs dans votre jardin, vous accueillez plusieurs espèces différentes. Certaines ont une trompe courte et préfèrent les fleurs ouvertes (type marguerite ou phacélie). D’autres vont chercher le nectar dans des corolles plus profondes. Un jardin mono-floral, c’est bien pour une espèce. Un jardin varié, c’est bien pour tout le monde.

Et d’ailleurs, si vous pensez à la faune en général, la démarche pour attirer les oiseaux dans votre jardin fonctionne sur les mêmes principes : diversité végétale, absence de produits chimiques, points d’eau. Un jardin favorable aux abeilles est souvent déjà favorable à plein d’autres espèces. Tout se tient.

Par où commencer concrètement

Pas besoin de tout faire d’un coup. Voilà une progression qui fonctionne bien :

1. Arrêter les pesticides (immédiatement, c’est la priorité numéro un)
2. Laisser un coin en friche ou semer un mélange de fleurs mellifères dès le prochain printemps
3. Ajouter une soucoupe d’eau près des zones fleuries
4. Installer ou fabriquer un abri pour les solitaires avant mars

Le reste vient naturellement. Une fois que les premières abeilles repèrent votre jardin, elles reviennent. Et elles parlent à leurs voisines, d’une certaine façon. Les solitaires marquent leurs sites de butinage, les domestiques font leurs fameuses danses pour indiquer les bonnes sources à la ruche. Votre jardin devient une adresse.

C’est ça, l’idée : pas juste planter deux-trois fleurs, mais vraiment créer un espace où elles ont envie de rester.

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