Le grenier. Cet endroit qu’on évite pendant six mois, qu’on visite deux fois par an pour chercher les décorations de Noël, et qu’on laisse tranquille le reste du temps. Sauf que « tranquille », pour une souris, ça ressemble à une invitation. Chaleur, obscurité, absence humaine quasi totale, parfois des cartons de céréales oubliées là depuis 2019… Le combo parfait.
Si vous entendez des grattements la nuit, si vous avez repéré de petits crottes en forme de grain de riz dans vos combles, ou si vous avez tout simplement le doute, voici ce qu’il faut faire, dans l’ordre, sans paniquer.
D’abord, confirmer qu’il s’agit bien de souris
Pas de panique. Mais pas d’attente non plus.
Avant de sortir les pièges, prenez cinq minutes pour inspecter le grenier avec une lampe torche. Les souris laissent des traces très reconnaissables. Des excréments d’abord, petits, allongés, de 3 à 6 mm, comparables à des grains de riz foncés. Vous en trouverez souvent le long des murs, dans les angles, près des matériaux d’isolation.
Autre signe : des traces de grignotage. Sur les poutres, les câbles, les cartons. Une souris a des incisives qui poussent en permanence et doit ronger pour les user, c’est physiologique. Du coup, elle grignote tout ce qu’elle croise, y compris les gaines électriques (et là, le risque d’incendie devient très concret).
Vous pouvez aussi saupoudrer de la farine ou du talc sur le sol du grenier et revenir le lendemain. Les empreintes de pattes sont petites, environ 1 à 2 cm, avec quatre doigts bien distincts.
Et si les bruits sont lourds, réguliers, presque sonores ? Ce n’est peut-être pas une souris. Une fouine fait beaucoup plus de bruit, et ses crottes sont noires, longues de 7 à 8 cm. Un rat laisse des excréments nettement plus gros qu’un grain de riz. Ces distinctions changent vraiment la stratégie à adopter.
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Pourquoi le grenier est une cible idéale
Simple. Une souris cherche trois choses : de la chaleur, de la nourriture, de la tranquillité. Votre grenier coche les trois cases sans effort.
Elle accède aux combles en grimpant le long des murs extérieurs, des tuyaux, des câbles. Elle peut sauter jusqu’à deux mètres environ. Et elle passe par des ouvertures de 6 mm seulement, soit à peu près la largeur d’un crayon. Des branches d’arbre qui touchent le toit ? Une ouverture d’évent non grillagée ? Un joint de rive abîmé ? Voilà ses portes d’entrée.
Une fois installée, une femelle peut avoir jusqu’à dix portées par an, avec 5 à 12 souriceaux par portée. La maturité sexuelle arrive à six semaines. Autrement dit, une infestation qui semble légère en octobre peut devenir sérieuse en janvier si on ne fait rien.

Les méthodes pour chasser les souris du grenier
Les pièges : le plus efficace à court terme
C’est la méthode la plus directe. Plusieurs types existent et ils ne se valent pas tous.
| Type de piège | Efficacité | Souffrance | Prix indicatif |
|---|---|---|---|
| Piège à ressort (mécanique) | Bonne | Quasi nulle (mort rapide) | 2 à 5 € pièce |
| Piège vivant | Bonne si relevé quotidien | Aucune | 5 à 15 € |
| Piège électrique | Très bonne | Aucune (mort instantanée) | 20 à 50 € |
| Piège à glu | Moyenne | Forte (agonie lente) | 1 à 3 € |
La glu, sincèrement, je la déconseille. La souris y reste collée et meurt de déshydratation ou de stress, parfois en plusieurs heures. C’est inutilement cruel et pas franchement plus efficace que les autres options.
Pour les pièges à ressort ou électriques, placez-les le long des murs, dans les angles, là où vous avez repéré des crottes. Les souris longent les parois par instinct, elles évitent les espaces ouverts. L’appât classique : un peu de beurre de cacahuète, du chocolat, ou simplement un morceau de pain. Vérifiez chaque piège tous les jours.
Si vous optez pour un piège vivant, relâchez la souris à au moins 2-3 km de la maison. Sinon, elle revient. Vraiment.
Les répulsifs naturels : utiles en complément
Quelques solutions qui fonctionnent surtout en prévention, ou pour les infestations légères. Des cotons imbibés d’huile essentielle de menthe poivrée, placés dans les recoins du grenier. Des feuilles de laurier glissées dans les cartons. Du poivre de Cayenne saupoudré près des points d’entrée.
Mais attention à ne pas surestimer ces méthodes. Une souris bien installée avec ses petits ne déguerpira pas pour quelques cotons à la menthe. Ces techniques fonctionnent mieux pour dissuader que pour déloger.
Autre option naturelle : l’isolation au chanvre. Si vous refaites l’isolation de vos combles, ce matériau repousse naturellement les rongeurs, contrairement à la laine de verre qu’elles adorent gratter et utiliser comme nid.
Les ultrasons : à utiliser avec nuance
Les appareils à ultrasons émettent des sons inaudibles pour nous, très gênants pour les rongeurs. Ça peut aider à les perturber et à ralentir une installation. Le vrai problème : les souris s’y habituent assez vite. C’est une solution temporaire, pas une réponse durable à une infestation.
Et si vous gérez d’autres nuisibles en parallèle, du type chasser les fourmis dans la cuisine, sachez que les ultrasons ne les affectent pas du tout. Chaque nuisible a ses propres solutions.
Bloquer les points d’entrée : l’étape non négociable
Chasser les souris déjà présentes, c’est bien. Les empêcher de revenir, c’est mieux. Et cette étape-là, beaucoup de gens l’oublient ou la bâclent.
Inspectez l’ensemble de la toiture et des murs extérieurs. Cherchez les évents non protégés, les jointures de tuiles abîmées, les trous dans les façades, les espaces autour des tuyaux. Tout interstice de 6 mm et plus est une porte d’entrée potentielle.
Pour boucher ces ouvertures, oubliez la mousse expansive seule. Les souris la rongent. Utilisez de la laine d’acier (elles ne parviennent pas à la mâcher) combinée avec un produit d’étanchéité dur, ou des grillages à mailles fines en métal. Installez des grilles devant chaque évent.
Taillez aussi la végétation autour de la maison. Une branche qui touche le toit, c’est une autoroute. Deux mètres de distance entre les branches et la toiture, c’est le minimum raisonnable.
Réduire les attractions du grenier
Un grenier encombré, c’est un grenier accueillant. Des cartons de papier empilés, des vieux textiles, des sacs de céréales mal fermés… autant de matériaux pour construire un nid et de sources de nourriture.
Quelques réflexes simples, stockez les affaires dans des bacs en plastique rigide avec couvercle, pas dans des cartons. Faites le vide régulièrement. Si vous gardez des denrées alimentaires dans les combles (c’est rare, mais ça arrive), mettez-les dans des boîtes hermétiques. Les souris survivent avec 3 grammes de nourriture par jour. Trois grammes.
Après l’infestation : la décontamination, étape souvent oubliée
Vous avez capturé les souris. Super. Mais le travail ne s’arrête pas là.
Les excréments et l’urine de souris transmettent des maladies, dont la leptospirose. L’isolation rongée peut créer des ponts thermiques et coûter en chauffage. Les câbles abîmés représentent un risque d’incendie réel. Bref, même après avoir éliminé les bêtes, il faut assainir.
Portez des gants épais et un masque (idéalement FFP2) pour tout nettoyage. Aspirez avec un appareil équipé d’un filtre HEPA pour ne pas disperser les particules dans l’air. Désinfectez les surfaces avec un produit adapté. Mettez les matériaux contaminés dans des sacs hermétiques avant de les jeter.
Si l’isolation a été endommagée, c’est le moment de la remplacer. Et si vous trouvez des câbles rongés, n’attendez pas : appelez un électricien.
Quand appeler un professionnel
Parfois, la situation dépasse ce qu’on peut gérer seul. Si vous entendez des bruits dans plusieurs zones de la maison, si les pièges n’attrapent rien depuis plusieurs jours malgré une activité évidente, ou si vous suspectez une colonie bien établie, un dératiseur professionnel sera plus efficace et plus rapide.
Mais aussi : si vous avez des animaux de compagnie ou des enfants, certains rodenticides posent des problèmes. Un professionnel saura choisir les techniques adaptées à votre situation.
Les mairies prennent parfois en charge une partie des coûts de dératisation dans les immeubles collectifs. Ça vaut le coup de se renseigner.
Maintenir le grenier sain sur la durée
Un passage de contrôle deux fois par an, en automne avant que les souris cherchent chaleur, et au printemps pour vérifier les dégâts hivernaux. C’est dix minutes qui peuvent vous éviter des semaines de galère.
Et si votre maison est en zone rurale ou entourée d’espaces verts, pensez à attirer les prédateurs naturels. Une caisse nichoir pour chouettes ou hiboux dans le jardin n’est pas une idée saugrenue : ces oiseaux chassent les rongeurs avec une efficacité impressionnante, et sans aucun produit chimique.
Mais même en zone urbaine, la règle reste la même. Un grenier propre, des entrées bouchées, une surveillance régulière. C’est la base.