Quels travaux de jardin faire en automne

Sophie

Quels travaux de jardin faire en automne

L’automne, c’est la saison que je préfère au jardin. Vraiment. Pas parce que c’est reposant, bien au contraire : il y a une quantité de choses à faire qui est un peu vertigineuse. Mais c’est aussi la période où chaque geste compte vraiment, où ce qu’on fait maintenant va directement déterminer l’état du jardin en mars. Et ça, honnêtement, c’est motivant.

Que vous ayez un grand terrain avec potager et verger ou juste quelques massifs sur une terrasse, les travaux d’automne au jardin suivent une logique claire : récolter, nettoyer, planter, protéger. Dans cet ordre ou pas, selon l’urgence. Voilà comment je m’y prends.

Commencer par les récoltes : rien ne doit traîner

Avant de penser à quoi que ce soit d’autre, on finit de vider le potager.

Les courges, potirons et butternut se récoltent dès septembre-octobre, dès que la tige commence à se liéger (elle devient un peu sèche et grisâtre, vous voyez le truc). Les carottes, betteraves, céleri-rave ou panais peuvent rester en terre un peu plus longtemps, mais si vous n’avez pas de cave à 10-12°C pour les stocker, une astuce que j’ai testée : enterrer un vieux tambour de machine à laver dans un coin du jardin et y mettre les légumes racines dans du sable légèrement humide. Les rongeurs ne passent pas. Et vous avez des légumes frais jusqu’en janvier.

Les tomates, courgettes et haricots verts, eux, ne survivront pas aux premières gelées. Autant tout cueillir avant, même les fruits pas encore tout à fait mûrs. Une tomate verte confite dans du vinaigre, c’est franchement pas désagréable.

La vidéo ci-dessous en lien avec cet article pourrait vous intéresser :

Aperçu de la vidéo

Nettoyer les massifs et le potager correctement

Une fois les récoltes terminées, place au grand ménage.

Supprimez les plantes épuisées, les tiges gelées, les légumes malades. Attention : tout ce qui est malade ne va pas au compost. C’est une erreur classique. Une plante avec du mildiou ou de la rouille, ça finit à la poubelle ou brûlé, pas dans le bac à compost sous peine de propager les maladies l’année suivante. Pour le reste, copeaux, feuilles saines, tiges coupées, tout y va.

Bref, le nettoyage c’est aussi l’occasion de désherber sérieusement. L’automne est le bon moment pour ça, le froid ralentit la repousse des adventices. Arrachez tout à la main ou avec une binette, en profitant que la terre est encore meuble après les premières pluies.

Quels travaux de jardin faire en automne

Que faire des feuilles mortes ? Surtout ne pas les jeter

Les feuilles tombent. Beaucoup. Et c’est une ressource, pas un problème.

Sur la pelouse, il faut les ramasser, c’est vrai : en couche épaisse, elles étouffent le gazon et créent des zones de pourriture. Un balai à gazon ou un souffleur font l’affaire en 30 minutes sur un jardin standard. Mais ensuite, on les utilise. Étalées en fine couche (5 cm maximum) au pied des arbustes, elles constituent un paillage naturel qui va protéger les racines du gel et se décomposer lentement en amendant le sol. Une bonne partie peut aussi aller directement dans le composteur pour équilibrer les apports « verts » et « bruns ».

Petit bémol : les feuilles de noyer sont allélopathiques (elles contiennent de la juglone, qui inhibe la croissance d’autres plantes). Ne les mettez ni au compost ni en paillage sur vos massifs.

Tailler les haies, arbustes et vivaces

La taille d’automne, ce n’est pas une taille de formation. C’est une taille d’entretien.

Pour les haies persistantes, une dernière coupe avant l’hiver évite que l’humidité s’accumule dans les branches trop denses et provoque des zones de pourriture. On taille net, on évite les trous car les haies persistantes repoussent peu pendant les mois froids. Pour les arbustes à feuilles caduques, quand les feuilles jaunissent et que les tiges commencent à se courber, c’est le signal : on coupe environ un quart de la hauteur.

Les vivaces herbacées, elles, peuvent être rabattues maintenant. Certains jardiniers préfèrent laisser les tiges en place tout l’hiver pour abriter les insectes auxiliaires (coccinelles, chrysopes) et nourrir les oiseaux avec les graines. C’est une vraie option, pas juste du laisser-aller. Si vous avez installé ou prévoyez d’aménager son jardin avec une logique biodiversité, c’est cohérent de garder quelques tiges debout jusqu’en février.

Planter des bulbes : l’investissement le plus rentable du jardin

C’est le moment. Le meilleur. Et c’est ridiculement simple.

Tulipes, narcisses, jonquilles, crocus, jacinthes : tous ces bulbes se plantent à l’automne pour fleurir au printemps. La règle de profondeur est facile à retenir : on enterre le bulbe à une profondeur équivalente à deux ou trois fois sa taille. Un bulbe de tulipe de 5 cm se plante donc à 10-15 cm. Dans un sol bien drainé de préférence, les bulbes détestent stagner dans l’eau.

BulbePériode de plantationProfondeurFloraison
TulipeOctobre-novembre12-15 cmMars-avril
NarcisseSeptembre-octobre10-12 cmMars-avril
CrocusSeptembre-octobre5-8 cmFévrier-mars
JacintheOctobre-novembre10 cmAvril
MuscariSeptembre-octobre5-7 cmMars-avril

Et les bulbes d’été, les dahlias, cannas et autres glaïeuls qui ont passé la saison en terre ? Eux, on les déterre avant les premières gelées, on les laisse sécher quelques jours à l’air libre, puis on les stocke dans une caisse avec de la tourbe ou du papier journal, dans un endroit hors gel mais frais (cave, garage non chauffé).

Planter des arbres, arbustes et rosiers

Octobre-novembre, c’est la fenêtre idéale pour les plantations ligneuses à racines nues.

Le sol est encore assez chaud pour que les racines s’installent, l’humidité naturelle réduit les besoins en arrosage, et les plantes n’ont pas encore démarré leur végétation. Les rosiers plantés en automne sont systématiquement plus robustes que ceux plantés au printemps, c’est un fait que j’ai pu vérifier sur une dizaine d’années de jardinage. On creuse large, on pralise les racines (enrobage dans un mélange d’eau, d’argile et de compost), on tasse, on arrose abondamment pour chasser les poches d’air, et on paille généreusement.

Pour les arbres fruitiers, pommiers, poiriers, pruniers ou cerisiers, même logique. On plante maintenant, avec un tuteur solide, et on protège le tronc des jeunes arbres avec un grillage contre les lapins si vous en avez dans le coin.

Préparer et amender le sol

Une fois le potager nettoyé et vidé, la terre a besoin d’attention.

Les cultures ont épuisé les éléments nutritifs. Si on ne fait rien, la terre sera pauvre et compacte au printemps. La démarche que j’applique : un léger travail à la grelinette ou à la fourche (15-20 cm de profondeur, sans retourner complètement pour ne pas détruire la vie du sol), puis une couche généreuse de compost maison ou de fumier bien décomposé étalée en surface. Le gel d’hiver va travailler le sol, fragmenter les mottes, et intégrer progressivement cet amendement.

Sur les zones non plantées, un semis d’engrais vert (phacélie, moutarde, seigle) protège le sol du lessivage et l’enrichit en azote. On le fauche avant qu’il monte à graine, en février-mars.

Retournez aussi votre compost avant l’hiver : mélanger les couches accélère la décomposition et aère le tas. C’est 10 minutes de travail pour 6 mois de gain.

Entretenir et regarnir la pelouse

La pelouse prend des coups pendant l’été. Zones jaunes, passages piétons, plaques dues à la sécheresse.

Septembre et octobre restent les meilleurs mois pour semer ou sur-semer. La terre est chaude, la pluie revient, la concurrence des herbes folles est moindre. On griffonne légèrement le sol, on sème à 30-40 g/m², on ratisse pour enterrer légèrement, on arrose. Franchement, les résultats sont bien meilleurs qu’un semis de printemps.

Une dernière tonte avant l’hiver, à hauteur de 6-7 cm (pas trop ras, pour protéger les racines du gel), et c’est bon. Pas besoin de tondre quand la température descend sous 5°C, la pousse s’arrête.

Protéger les plantes fragiles du froid

C’est le chapitre que beaucoup bâclent et regrettent en janvier.

Les plantes méditerranéennes en pot (olivier, laurier-rose, bougainvillier, citronnier) ne passent pas l’hiver dehors dans la moitié nord de la France. Rentrez-les dans une pièce lumineuse et fraîche, entre 5 et 10°C. Une véranda non chauffée, un garage avec une fenêtre. Pour celles qui sont en pleine terre et difficiles à déplacer, le voile d’hivernage double couche est votre meilleur allié. Pour les conseils précis sur protéger plantes du gel selon les espèces, j’ai détaillé tout ça dans un article dédié.

Le paillage joue aussi un rôle de protection thermique. 10 cm de paille, de feuilles mortes ou de copeaux d’écorce au pied des plantes sensibles, c’est souvent suffisant pour passer un hiver standard. Les hostas, agapanthes, fuchsias, les rosiers greffés au niveau du point de greffe, toutes ces plantes apprécient ce traitement.

Pensez également à rentrer les jardinières et bacs en terre cuite qui peuvent éclater sous l’effet du gel. Et videz les tuyaux d’arrosage, les robinets extérieurs, les pompes de bassin. Une pompe hors gel dans un bassin avec des poissons, c’est le détail qui sauve.

Ne pas oublier la petite faune

Hôtels à insectes, tas de bois empilés dans un coin, nichoirs orientés sud-est à 2 mètres du sol : l’automne c’est aussi le moment d’installer tout ça. Les hérissons cherchent un endroit pour hiberner, les coccinelles et chrysopes une cachette pour passer l’hiver. Plus vous leur en offrez, moins vous aurez de pucerons et d’autres nuisibles l’année suivante. C’est de l’entomologie jardinière de base, mais ça marche vraiment.

Mettez aussi des graines dans les mangeoires à oiseaux dès que les températures chutent. Les mésanges, elles, sont les meilleures alliées contre les chenilles et les œufs d’insectes sur les arbres.

Ce qu’on fait en octobre n’est pas ce qu’on fait en novembre

Deux mois qui se ressemblent en apparence mais qui ont chacun leurs priorités.

TâcheOctobreNovembre
Planter des bulbesFin de fenêtre
Planter arbres/arbustes
Tailler les haies
Rentrer les plantes fragilesÀ préparerUrgent
Semer le gazonTrop tard
Amender le sol
Déterre les bulbes d’étéSi pas fait
Protéger bassin (pompe antigel)À préparerUrgent

Mais l’automne avance vite. Plus vite qu’on ne le croit toujours. Un week-end de pluie, deux semaines occupées, et d’un coup c’est novembre et les premiers -3°C arrivent.

Et alors les regrets sont amers, surtout quand on retrouve le citronnier en pot qui a passé la nuit dehors.

Laisser un commentaire